L’obsolescence dans le numérique

L’obsolescence programmée peut toucher les appareils numériques et prendre des formes diverses :

  • L’obsolescence technique, dite aussi fonctionnelle ou structurelle : lorsque que le bien ne fonctionne plus en raison de la durée de vie limitée de l’un de ses composants essentiels et inamovibles ; on parle aussi d’obsolescence indirecte lorsque les pièces de rechange ou de remplacement sont rendues inaccessibles ou retirées du marché (par exemple, le verre de la cafetière n’est plus commercialisé) ;
  • L’obsolescence esthétique, dite aussi psychologique ou culturelle : par effet de « démodage », lorsque le professionnel commercialise en peu de temps de nouveaux produits vantés comme plus performants dans les campagnes promotionnelles (par exemple, une entreprise dispose déjà de nouvelles avancées technologiques qu’elle réserve à son prochain produit qui sera commercialisé seulement quelques mois plus tard) ;
  • L’obsolescence logicielle : il s’agit du renouvellement des logiciels, dans les smartphones ou ordinateurs par exemple. Elle recouvre plusieurs techniques : la limitation de la durée de support technique par rapport à la durée d’utilisation réelle ; l’incompatibilité de format entre ancienne et nouvelle version du logiciel ; la mise à jour des logiciels qui ralentit les appareils. Certains aspects logiciels peuvent également empêcher la réparation. C’était notamment le cas des iPhone avec l’erreur 53 : les téléphones réparés par des professionnels indépendants étaient alors bloqués. De la même manière, la mise à jour iOS 11.3 peut bloquer les écrans changés chez des réparateurs indépendants.

 

Le numérique, lourd en impacts écologiques et sociaux

La fabrication des appareils numériques a des impacts non négligeables sur l’environnement, car elle nécessite d’importantes quantités de matière et de terres rares. La phase de fabrication est la plus lourde en termes d’impacts environnementaux dans le cycle de vie d’un smartphone : Il faut, en effet, environ 70 kg de matière pour produire un smartphone. La fabrication d’un téléphone portable requiert 60 métaux différents, dont une vingtaine seulement sont actuellement recyclables, et seulement 16 % des téléphones sont collectés pour être dépollués.

Le renouvellement des appareils numériques est également de plus en plus fréquent : entre 1985 et 2015, la durée d’utilisation d’un ordinateur a été divisée par 3, passant de 11 à 4 ans.

Ces impacts directs ont lieu tout au long du cycle de vie des équipements électroniques : extraction des matières premières, transformation en composants électroniques, utilisation et fin de vie. Par exemple, 32 kilogrammes de matières premières sont nécessaires pour fabriquer une puce électronique de deux grammes. Et faute de traitement approprié, on estime que 70 % des métaux lourds présents dans le sol des décharges nord-américaines proviennent des équipements électroniques qui s’y décomposent pendant des centaines d’années.

 

Sans parler des data centers du monde entier, déjà responsables, à eux seuls, de l’ordre de 2 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, soit autant que tout le trafic aérien.

 

La multiplication des produits numériques (smartphones, tablettes, ordinateurs) au renouvellement toujours plus rapide a également des impacts sociaux. Non seulement cette arrivée de toujours plus de produits numériques dans les foyers affecte le pouvoir d’achat des consommateurs, il a également des conséquences sur la santé et la sociabilité des individus. Le collectif Lève les yeux ! sensibilise ainsi aux risques sanitaires et sociétaux liés à l’usage excessif des smartphones et des écrans.

Il est cependant à souligner que le numérique n’est pas nécessairement mauvais ou bon par essence. Il s’agit d’un outil qui peut être utilisé à bon ou mauvais escient.

Le numérique peut-il allonger la durée de vie des produits ?

Le progrès technologique, notamment les objets connectés peuvent également ouvrir la voie à l’élaboration de nouveaux outils pour mieux guider les utilisateurs, notamment grâce à l’accès aux informations d’usages (nombre d’unités d’utilisations), des conseils de maintenance et de prévention de pannes, des indications sur la manière de réparer ou à qui s’adresser… etc. Si de telles applications recèlent un potentiel intéressant, elles doivent notamment être étudiées à l’aune de leur empreinte écologique afin de ne pas avoir un impact environnemental global contre-productif. Les objets connectés peuvent également être porteurs de nouveaux risques d’obsolescence logicielle, avec des équipements dépendants des mises à jour.

L’économie collaborative doit aussi être comptée parmi les nouveaux modèles économiques de l’allongement de la durée de vie des produits favorisant l’usage. Reposant sur le partage ou l’échange de biens, de services ou de connaissances sur des plateformes numériques, l’économie collaborative est en plein essor. De nombreuses plateformes numériques se sont développées sur le thème du réemploi, du don, du prêt ou de la location d’objets entre particuliers. Ces plateformes ont pour intérêt de maximiser l’usage des biens : les solutions d’autopartage permettent par exemple d’intensifier l’usage des véhicules, lorsque l’on sait qu’une voiture individuelle reste inutilisée pendant 95 % du temps[1]. L’entreprise qui propose ces services, ou le particulier qui loue son bien, ont ainsi intérêt à acquérir des produits robustes et intemporels pour maximiser l’usage, tout en évitant les pannes.

Les gains écologiques, le taux de renouvellement des produits, l’analyse du cycle de vie de ses produits, ainsi que les impacts sociaux de l’économie servicielle mériteraient toutefois d’être étudiés de manière approfondie.

L’association HOP propose plusieurs recommandations pour allonger la durée de vie des produits grâce au numérique :

  • Investir, avec les collectivités territoriales, dans la mise en œuvre de programmes de formation dans le secteur de la réparation et soutenir les ateliers de formation proposés par les associations ou les entreprises sociales.
  • Imposer la réversibilité des mises à jour logicielles, dans un premier temps pour les applications du service public
  • Imposer, à terme, les dissociations des mises à jour de confort et de sécurité, afin d’éviter que l’utilisateur ne se voit imposer des mises à jour qui ne sont pas essentielles au fonctionnement de son appareil.
  • Exiger la plus grande transparence concernant la durée de vie les logiciels et de la capacité des appareils à recevoir de nouvelles versions ou de l’évolution attendue des fonctionnalités de base.
  • Soutenir les logiciels libres et mieux informer le consommateur : chaque mise à jour devrait donner lieu à une information claire précisant les impacts (négatifs) sur le fonctionnement de l’appareil et de ses applications.
  • Développer le compteur d’usage pour stimuler le marché de l’occasion : Nos voitures affichent un compteur kilométrique : cette information renforce la valeur marchande du produit et en facilite la revente à un prix adapté. La même obligation pourrait être dupliquée pour d’autres produits « durables » : machine à laver, ordinateur, télévision… Afficher un compteur d’usage adapté à l’appareil (heures, cycles…) est une mesure importante : elle permettrait de développer le marché de l’occasion et de la réparation pour l’ensemble des produits.
  • Encourager l’éco-conception grâce à un affichage de la durabilité et de la réparabilité des appareils numériques. Certifier les produits les plus durables et créer des normes minimales d’éco-conception.
  • Etendre la garantie pour favoriser la réparation et l’élargir aux services numériques.
  • Encourager l’économie de la fonctionnalité et l’économie collaborative aux effets environnementaux et sociaux positifs sur les territoires.

 

 

Sources :

By | 2018-10-25T14:02:26+00:00 25 octobre, 2018|
HOP // Halte à l'obsolescence programmée