La protection de l’environnement et du consommateur est au cœur de la lutte contre l’obsolescence accélérée de nos biens. La durabilité et la réparabilité des produits sont des enjeux transversaux qui demandent l’implication des entreprises, des pouvoirs publics, des expert·e·s et des citoyen·ne·s.

 

HOP a organisé un colloque à l’Hôtel de Roquelaure le 3 octobre matin, avec plus de 150 participants, afin de réunir divers acteurs autour des solutions et des défis pour des produits durables et réparables. A l’heure de l’examen du projet de loi anti-gaspillage et à l’occasion de la publication du rapport « Economie circulaire : comment démocratiser l’offre des produits durables et réparables ? » issu des travaux du Club de la durabilité, Brune Poirson, Secrétaire d’Etat auprès de la Ministre de la Transition écologique et solidaire, a ouvert les échanges en remerciant l’association HOP et en affirmant son soutien à la co-construction de solutions pragmatiques pour une économie circulaire. Laetitia Vasseur a rappelé ensuite le travail de l’association HOP, dont la vocation est d’allonger la durée de vie des biens par la sensibilisation, le plaidoyer et l’engagement des entreprises. HOP a publié à ce jour 3 rapports d’enquête, dont un récent sur les lave-linge, 1 livre blanc sur les politiques publiques et 2 rapports dans le cadre du Club de la durabilité.

En résumé, voici le contenu des échanges entre nos intervenants et le public. L’ensemble des débats est disponible en ligne sur Youtube.

 

Comment les entreprises s’engagent-elles pour la durabilité ?

Le développement d’une économie basée sur la durabilité et la fonctionnalité fait l’objet d’une équation entre expression d’une demande et développement de l’offre.  Adèle Chasson, chargée de mission à HOP, a présenté le rapport inédit sur Club de la durabilité, valorisant les principaux résultats.

L’accessibilité économique, l’aspect pratique, le manque d’information, l’attractivité du neuf et le manque d’offre sont les freins principaux à la consommation durable. Le Club propose 31 recommandations pour inciter au changement de comportement grâce aux leviers d’actions à mettre en place par les décideurs publics et privés. Il a aussi dévoilé lors du colloque les actions qui s’opèrent dans les entreprises, en lien avec la dynamique collective impulsée au sein du Club de la durabilité.

Lire le rapport

 

Le Club de la durabilité a vocation, depuis deux ans, à rassembler les entreprises volontaires pour favoriser l’échange de bonnes pratiques, développer l’expertise sur les sujets de durabilité, créer des synergies vertueuses au sein d’un écosystème économique, renforcer les engagements des entreprises membres au travers d’objectifs volontaires à atteindre. De toutes tailles et secteurs, le Club compte en 2019 plus de 20 membres.

Les membres du Club ont salué l’intérêt de l’intelligence collective grâce aux échanges avec HOP, un partenaire exigeant et constructif. En substance, Armelle Balvay, en charge des affaires publiques à Michelin, a évoqué les travaux réalisés sur la performance dans le temps des pneus et la publication d’un livre blanc. Pour Olivier de Montlivault, fondateur et président de SOS Accessoire, au départ, SOS Accessoire « faisait de l’écologie sans le savoir » en valorisant l’autoréparation grâce à leur offre de pièces détachées. Régis Koenig, directeur de la politique services de Fnac-Darty s’est félicité de la mise en place de l’indice de réparabilité élaboré par le Labo Fnac-Darty et en parallèle, du baromètre annuel et de la nouvelle initiative de « sélection durable » visible en magasin. Benoît Delporte, co-fondateur de Ma Garantie 5 ans a dévoilé l’indice de durabilité que l’entreprise a développé. Adrien Montagut de Commown a défendu le modèle de fonctionnalité basée sur la location d’appareils, démontrant que l’économie d’usage est possible et a évoqué les partenariats noués avec d’autres membres du club.

Le Club est ouvert aux entreprises qui souhaitent s’investir sur la durabilité et la réparabilité des biens. En savoir plus sur : www.clubdeladurabilite.fr

 

Miser sur des produits durables : un changement systémique ?

Animée par Laetitia Vasseur, co-fondatrice et déléguée générale de HOP, cette table-ronde s’est intéressée au nécessaire changement d’échelle de l’enjeu de durabilité pour s’attaquer à la culture du jetable et des mesures politiques pour l’accompagner.

Il existe des dynamiques européennes autour de la durabilité des produits : c’est ce qu’a soutenu Thierry Libaert, conseiller au Comité Economique et Social Européen tout en montrant que les marges de manœuvre en France sont importantes. Il a aussi mentionné la nécessité de contrôler la publicité dans une société où la possession d’un objet est un marqueur social. Par ailleurs, la table ronde a prouvé que la durabilité des produits ne concerne pas seulement les produits électriques et électroniques. Arnaud Jacques, responsable des affaires publiques du Bon Coin a parlé de l’importance de l’offre de produits durables pour valoriser le marché de l’occasion actuellement en pleine expansion, ainsi que du besoin d’informer les consommateur·rice·s de l’impact économique et écologique positif de l’allongement de la durée de vie des biens grâce à la seconde main. Vincent Aurez, directeur développement durable et innovation pour Novaxia a rappelé que l’habitat durable était une réponse face à l’urgence climatique et sociale, par l’éco-conception, la lutte contre l’étalement urbain, le réaménagement et la mise à disposition de locaux vacants dans le cadre d’occupations temporaires avec une communauté d’acteurs divers, dans une optique innovante. Isabelle Robert, maître de conférences à l’Université de Lille et membre du comité d’expert·e·s de HOP a interrogé notre rapport aux vêtements : elle a mis en valeur les modèles économiques de l’habillement durable (slow fashion, collections intemporelles…) mais a aussi rappelé les effets de rebond de la vente d’occasion de vêtements qui peut dans certains cas générer une surconsommation. Véronique Riotton, députée LREM, rapporteure de la loi anti-gaspillage, a donné sa lecture du projet de loi débattu au Sénat le 24 septembre 2019 en valorisant notamment le compteur d’usage proposé par HOP ou encore l’ouverture des données sur la durabilité et la réparabilité, tout en souhaitant sécuriser les mesures d’un point de vue législatif.

Les suites des échanges avec le public ont porté entre autres sur la question de la publicité, l’obsolescence logicielle, la sobriété écologique dans notre modèle économique, la place de la vente en ligne et d’acteurs comme Amazon.

La réparation : pilier de l’économie circulaire

Ce débat, animé par Emile Meunier, avocat et membre du comité d’experts de HOP, a creusé la question de la réparation, enjeu fort du projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire.

L’indice de réparabilité est en cours d’élaboration, grâce notamment à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), représentée par Erwann Fangeat qui est revenu sur les critères qui permettent de l’élaborer (durée de disponibilité de la documentation nécessaire à la réparation et à l’entretien et des pièces détachées, facilité de démontage, les outils nécessaires, coût…). Christian Brabant, directeur général de l’éco-organisme ESR salue les travaux sur les critères de réparabilité qui favoriseront la réparation et le réemploi des déchets électriques et électroniques grâce à un fonds qui diminuerait le coût de la réparation, financé par la modulation du type « bonus-malus » de l’éco-contribution des fabricants, mais dont le contrôle est encore à définir. Structurer l’offre de réparation dans les SAV en sensibilisant par exemple les fabricants est l’ambition de Pierre Lemaire, responsable SAV Corporate d’ADEO . Le coût étant le principal frein à la réparation, Geoffroy Malaterre de Spareka a rappelé l’économie et la satisfaction générée par l’auto-réparation. Enfin, Jean-François Gomez Nombela et Ondine Demblocque, respectivement représentants de Pôle Emploi et de la Mairie de Paris, ont affirmé que l’économie circulaire et l’allongement de la durée de vie des produits sont vecteurs d’emplois locaux : Paris Fabrik est un projet exemplaire à ce niveau, dans ce cadre, par exemple, des personnes en insertion sont formés aux métiers de la réparation et du réemploi.

Le débat s’est poursuivi avec le public en abordant notamment la question des leviers ou freins à l’auto-réparation, la place des réparateurs indépendants, les cas d’irréparabilité ou encore le coût parfois dissuasif des prestations ou des pièces, ainsi que l’éducation à la réparation.

 

En conclusion, les échanges riches de ces tables-rondes ont valorisé les contributions de chaque acteur, tant au niveau associatif, politique, des entreprises, des institutions que de la recherche, quant aux actualités et aux avancées des dernières années pour le développement d’une économie durable, reposant sur la durabilité et la réparabilité, reflétant les travaux du Club de la durabilité. Cette journée fut également l’occasion d’inaugurer l’exposition « Inusable » proposée par HOP, dans un cadre où étaient exposées des reproductions d’anciennes affiches publicitaires datant d’avant les années 1960, faisant la promotion de l’inusabilité, la solidité et la robustesse des produits. Les affiches originales, appartenant à la Bibliothèque Forney de Paris, montrent qu’il y a encore peu de temps, le durable était le maître mot de l’économie : les consommateurs et les fabricants partageaient cette même valeur. Le message de HOP reste pourtant que ce n’était pas mieux hier, ce sera mieux demain ! Elle compte, pour cela, sur le volontarisme des acteurs pour renforcer l’économie circulaire.

 

Regarder la rediffusion du colloque