La console de jeu Switch 1 est vendue à partir de 2018 avec deux manettes équipées de joysticks, appelées “Joy-Con”. En 2020, deux ans après sa commercialisation, et suite à de nombreux signalements de dysfonctionnements des manettes, Que Choisir Ensemble (anciennement UFC – Que Choisir) porte plainte pour obsolescence programmée. L’association de défense des consommateur·ices dénonce le “Joy-Con Drift” : ces manettes ont la fâcheuse tendance à effectuer des mouvements parasites dans les jeux, empêchant les joueur·ses de les utiliser correctement.
Ces dysfonctionnements, apparaissant généralement moins d’un an après l’achat, sont liés à deux éléments selon l’enquête de Que Choisir Ensemble : une usure prématurée des circuits imprimés, ainsi qu’un défaut d’étanchéité.
Le droit à la réparation gratuite des manettes
En 2021, suite aux alertes de nombreuses associations européennes, le Bureau Européen des Consommateurs (BEUC) enclenche le dispositif d’alerte externe auprès de la Commission européenne et des autorités nationales de protection des consommateur·ices. En France, c’est donc la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui reprend le dossier.
En 2023, la Commission européenne obtient de Nintendo la réparation gratuite des manettes concernées par le dysfonctionnement. Première victoire pour les utilisateur·ices européen·nes, qui ont été plus de 25 000 à témoigner.
La Commission européenne présente alors cette avancée comme cohérente avec le projet de directive pour un “droit à la réparation”, lancé en 2023. Au sein de la coalition Right to Repair Europe, HOP a poussé à l’adoption de ce texte, qui doit maintenant être traduit dans le droit français.
Une victoire symbolique dans la lutte contre l’obsolescence programmée
Suite à la plainte de Que Choisir Ensemble, le Service national des enquêtes (SNE) de la DGCCRF a mené une investigation poussée. Il en conclut que Nintendo n’a pas informé suffisamment les utilisateur·ices des dysfonctionnements, et s’est donc rendue coupable de pratiques commerciales trompeuses entre 2018 et 2023.
Comme confirmé le lundi 8 juin par un communiqué de la DGCCRF, Nintendo devra donc régler une amende de 35 millions d’euros, et publier un communiqué de presse sur la page d’accueil française de son site internet.
Cette amende fait échos à celle de 25 millions d’euros contre Apple en 2020, prononcée par la DGCCRF suite à une plainte déposée par HOP pour obsolescence programmée. L’association HOP regrette néanmoins que la procédure employée, à savoir la transaction pénale, prive les consommateur·ices de procès publics sur l’obsolescence programmée.
Le premier procès pour obsolescence programmée de l’histoire vient justement de s’ouvrir contre Epson, suite à une plainte déposée par HOP en 2017. Pour soutenir l’association dans cette action inédite et décisive pour les droits des consommateur·ices et de l’environnement, HOP a ouvert une cagnotte. Ce soutien est indispensable pour nous aider à constituer un argumentaire solide dans le cadre de cette procédure face à une grande entreprise comme Epson.