En 2025, dix ans après la création de l’association, l’obsolescence n’a pas disparu. Elle a plusieurs visages. Moins visible, plus diffuse, plus difficile à saisir juridiquement, elle s’est installée au cœur de nos usages quotidiens, dans nos écrans, nos interfaces, nos imaginaires de consommation. Cette année aura été celle où HOP – Halte à l’obsolescence programmée a choisi de nommer clairement ce qui, trop longtemps, était resté implicite.
Après dix années de combat, l’enjeu de l’obsolescence programmée est désormais pris en considération par tous les acteurs et actrices de la société – pouvoirs publics, citoyen·nes, entreprises –, et je me félicite que notre travail avec HOP y ait largement contribué.
Cela dit, l’obsolescence n’est pas seulement une question de produits défectueux ou de pièces introuvables. Elle est aussi marketing, lorsqu’on pousse au renouvellement de produits encore fonctionnels par des stratégies commerciales et des mécanismes d’influence. Elle est logicielle, lorsqu’une décision technique ou commerciale rend inutilisable un équipement numérique qui pourrait continuer à servir. En 2025, HOP a travaillé à rendre visibles ces formes d’obsolescence, à les documenter, à les expliquer, et à les porter dans le débat public.
La campagne menée autour de la fin du support de Windows 10 en est une illustration frappante. Elle a mis en lumière l’ampleur d’un phénomène souvent sous-estimé : des millions d’utilisateur·ices confronté·es à un choix contraint entre renouveler un ordinateur fonctionnel ou s’exposer à des risques de sécurité. Cette situation n’est pas une anomalie. Elle révèle un système où les décisions logicielles peuvent provoquer une dépendance forte à une obsolescence massive, rapide et imposée, encore largement hors du champ de la régulation.
Face à ces constats, HOP a poursuivi son travail de fond en restant constructif pour favoriser les alternatives. Faire évoluer les indices de réparabilité et de durabilité, contribuer aux groupes de travail institutionnels, alerter sur leurs limites lorsqu’elles existent. Enquêter sur les ressorts de l’obsolescence marketing, donner la parole aux citoyen·nes, organiser une agora, publier un rapport de référence. Mobiliser largement, fédérer des coalitions inédites, interpeller décideurs et décideuses publics et les entreprises, et porter ces enjeux dans les médias.
Ce travail révèle une tension centrale de notre époque. Les solutions existent. Les citoyen·nes souhaitent majoritairement faire durer leurs équipements. Mais les freins restent nombreux : économiques, culturels, territoriaux, informationnels. Tant que ces obstacles structurels ne seront pas levés, la durabilité restera un choix difficile, parfois inaccessible, alors même qu’elle devrait être la norme. C’est le sens de notre action : agir pour lever les freins, un à un, sans relâche.
Ce rapport d’activité retrace une année dense, exigeante mais profondément structurante pour HOP. Une année où nous avons continué à agir sur tous les leviers – expertise, mobilisation, plaidoyer –, avec une conviction intacte : l’obsolescence n’est pas une fatalité, mais un choix, à la fois individuel et collectif. Et ce choix peut encore être inversé.