Le bonus réparation a été lancé à l’hiver 2022, pour être déployé progressivement à plusieurs catégories de produits : bricolage, multimédia, textile, sport, meubles. Ce dispositif a été proposé par l’association HOP dans la loi AGEC, puis poussé pour faciliter le passage à la réparation plutôt que le rachat d’un produit neuf.
Parce que les chiffres sont implacables : Pour 80 % des Français·es, le coût de la réparation est le critère le plus important pour faire réparer, selon l’Ademe. Alors même que selon le dernier sondage d’ecosystem, 91 % des Français·es ont une bonne image de la réparation, seulement 27 % y recourent spontanément.
Mais voilà, le bonus réparation est mal connu (moins de la moitié des Français·es en ont connaissance selon l’Ademe) et souffre de préjugés et de freins qui compliquent son développement.
Un dispositif qui répond au besoin de lever les freins économiques à la réparation
Grâce à une étude de l’Ademe, on sait que le coût moyen acceptable d’une réparation ne doit pas dépasser 30 % de la valeur du produit neuf pour que les consommateur·ices passent à l’action. Ces chiffres montrent que les pouvoirs publics ont tout intérêt à mettre en avant les dispositifs permettant de réparer pour moins cher.
En ce sens, le bonus répond à la demande : selon la CLCV, en 2024 le bonus permettait de couvrir en moyenne 23 % du coût de la réparation. Une bonne nouvelle, même si pour beaucoup de produits les montants ne s’avèrent pas suffisants.
On sait aussi que le bonus a un impact positif sur la décision de réparer, puisque selon une étude d’ecosystem, 52 % des consommateur·ices ayant profité du bonus sur les équipements électriques et électroniques ont estimé que le bonus avait eu un impact positif sur leur choix de réparer. En moyenne, les consommateur·ices notent leur satisfaction du bonus à 4,7/5, et 79 % des client·es le recommandent.
On observe également un lien entre les ajustements du bonus réalisés en 2024 suite à nos demandes et l’augmentation du nombre de réparations. Laissant penser que les ajustements réalisés ont permis de déclencher des actes de réparations. En effet, il a été enregistré cette année-là une augmentation de presque 300 % des réparations. Selon la CLCV, “cette croissance résulte principalement des ajustements apportés au fonds réparation début 2024, tels que l’intégration des casses écran et l’abaissement du seuil de déclenchement, incitant ainsi davantage de consommateurs à opter pour la réparation”.
Les freins persistants au développement du bonus réparation
L’Ademe dresse le bilan en 2024 :
- 55 % des Français·es ne connaissent pas le bonus
- 52 % ont le sentiment de ne pas être mieux informé·es sur le bonus qu’en 2020.
- 24 % des consommateurs et des consommatrices estiment rencontrer des difficultés en raison du manque d’informations disponibles sur le dispositif.
À l’occasion des Journées nationales de la réparation co-organisées par HOP, 41 % des participant·es ont découvert au moins un outil de soutien à la réparation. Pour 28 % d’entre eux et elles, il s’agissait du bonus de réparation (source : Étude d’impact des JNR 2025, HOP et Make.org foundation)
Et pourtant, les chiffres montrent qu’une fois que le grand public est au courant, cela a un impact positif : 73 % des personnes interrogées ayant vu ou entendu une campagne sur le bonus ont déclaré avoir envie de faire appel à un réparateur labellisé.
En plus du manque d’information, le manque d’harmonisation, la dilution du bonus entre de nombreux éco-organismes ainsi que la gestion différenciée de la communication des bonus entretiennent la confusion et la difficulté de compréhension :
| Noms des labels | Annuaires | |
Équipements électriques et électroniques | QualiRépar | 3 annuaires : Ecologic, Ecosystem, Qualirepar |
| Textile, Linge, Chaussures | Bonus réparation | Refashion |
| Articles de bricolage et jardin | BonusRepar bricolage et jardinage thermique | Ecologic |
| Articles de Sport et Loisirs | BonusRepar Sport & cycle | Ecologic |
| Ameublement | Bonus réparation | Ecomaison |
38 % des consommateur·ices ont déclaré rencontrer des difficultés face à certains annuaires lors de notre enquête sur le fonds de réparation des EEE en 2024. Cette confusion ne peut être qu’accentuée par la multiplicité des labels. Cette complexité pourrait décourager l’utilisation du bonus réparation, freinant ainsi l’élargissement de l’accès aux services de réparation.
Pour pallier ce manque d’information et d’harmonisation, HOP assure la mise à jour depuis 2024 d’un site internet permettant une information et une harmonisation des informations au sujet du bonus intégrant l’annuaire inter-filière tenu par l’Ademe pour plus de clarté. HOP salue la première initiative conjointe de quatre éco-organismes pour lancer le site d’information grand public jerepare.fr, trois ans après le lancement des premiers bonus. Bien qu’elles soient positives, l’association regrette toutefois le manque de synergies entre les initiatives, dans une logique d’efficience.
Le manque de labellisations
Parmi les 44 % des personnes qui n’ont pas l’habitude de réparer, 48 % sont sensibles au coût et 24 % à la facilité de trouver des réparateur·ices (source : Ademe, les Français et la réparation, 2024). La labellisation massive est donc un levier déterminant pour atteindre le public qui n’a pas encore le réflexe de la réparation.
Mais le constat est sans appel. Il reste encore beaucoup de réparateurs et de réparatrices à labelliser, toutes filières confondues, puisque seulement :
- 40,56% des réparateur·ices d’objets électriques et électroniques
- 10,16% de réparateur·ices Textile et chaussures
- 20,11% des réparateur·ices de cycles sont labellisé·es (source : Chiffres issus de l’analyse de HOP en 2025, en utilisant les chiffres de l’Ademe et de fédérations croisés avec les chiffres de labellisation des éco-organismes).
D’après notre étude, 80 % des réparateur·ices EEE interrogé·es n’envisagent pas de se labelliser pour 3 raisons principales :
- Coût trop important de la labellisation pour 74% d’entre eux·elles.
- Complexité du processus : 63 % des réparateur·ices jugent le parcours de labellisation trop complexe.
- Remboursement tardif des bonus avancés : Le remboursement des bonus avancés aux client·es dissuade 52 % des professionnel·les de s’inscrire au dispositif.
Pour autant, HOP ne nie pas les enjeux de formation qui touchent le secteur de la réparation. Les professionnel·les du secteur ne manquent pas de rappeler leurs difficultés à embaucher des personnes qualifiées pour faire grandir leur activité, et les enjeux de TVA qui freinent certain·es dans leur expansion.
Résultat à tous ces freins, seulement 5 % des Français·es déclarent avoir déjà utilisé le bonus selon l’Ademe.
Un manque d’instances permettant aux parties prenantes l’accès aux données et les retours terrain
Le Comité national de la réparation instauré en 2023 par Monsieur Christophe Béchu avait permis le regroupement à 3 reprises des parties prenantes de la réparation. Mais depuis le mois de septembre 2024, date du dernier comité, une seule mise à jour des données succinctes a été faite par écrit en septembre 2025. Cette situation n’est pas satisfaisante pour les parties prenantes mobilisées sur le développement de ce dispositif.
Nos recommandations
- Confier à l’ADEME la mise en œuvre des fonds de réemploi/réutilisation et de réparation
- Mettre en place une communication nationale harmonisée et interfilière, avec un nom unique pour le bonus, afin de clarifier l’accès au bonus pour les consommateur·ices
- Imposer aux marques labellisées de réparer toutes marques confondues : la labellisation des marques est intéressante dans l’objectif de démocratiser la réparation auprès des consommateur·ices, à condition qu’elles puissent réparer toutes marques confondues.
- Restreindre les conditions de proximité à 100 km entre le lieu de dépôt des produits à réparer et les lieux de réparation, pour permettre le développement local de la réparation et interdire les labellisés à contraindre les consommateur·ices de profiter du bonus dans un temps donné.
- Garantir des conditions d’accès adéquates au bonus :
- augmenter les montants si nécessaire : pour un certain nombre de produits, le bonus permet de couvrir moins de 20 % du prix de la réparation, un taux insuffisant pour inciter au passage à l’action.
- certains seuils de déclenchement incitent fortement à l’augmentation du prix de réparation : c’est le cas pour les ordinateurs, pour lesquels la réparation doit dépasser les 150 € pour déclencher le bonus.
- les frais de diagnostic et les pannes logicielles devraient être éligibles au bonus.
- garantir l’accès illimité au bonus réparation pour les consommateur·ices : certain·es réparateur·ices appliquent des restrictions temporelles ou de fréquence dans l’accès au bonus. Il ne devrait pas être exclu de pouvoir faire réparer son appareil plusieurs fois sur une période de 3 mois si plusieurs casses sont survenues.
- Faire appliquer le fléchage de 5 millions d’euros du fonds vers la formation, pendant 3 ans comme prévu dans l’arrêté du 10 novembre 2023 : ce fléchage aura des bénéfices sur le développement du nombre de réparateur·ices et par ricochet sur les consommateur·ices.