Débat rencontre sur l’obsolescence programmée à Caen

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Hop est une association transpartisane qui ne prend position pour aucun bord politique, cependant HOP participe à tous les débats d’idées.

Retour sur les rencontres organisés à Caen le 11 mars 2017 avec HOP, à l’initiative de Thomas Dupont-Federici  du parti socialiste

Laëtitia Vasseur : « J’ai créé HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) en juillet 2015, juste après la qualification légale de l’Obsolescence Programmée (OP) comme délit. Aujourd’hui, nous avons 4000 membres inscrits sur le site internet, et 12 000 followers. Nous fonctionnons avec une trentaine de bénévoles, et une salariée. Nos missions sont d’informer sur l’obsolescence programmée et de proposer des solutions, notamment aux pouvoirs publics.

L’obsolescence programmée c’est la volonté de réduire la durée de vie des produits pour accélérer leur renouvellement. C’est donc une stratégie industrielle. L’obsolescence programmée prend plusieurs formes. On trouve l’obsolescence matérielle, où un procédé technique limite la durée de vie (ex : la conception de tissus en nylon dont la composition chimique a été modifiée pour favoriser le filage (alors que le nylon est une matière résistante (/ pêche))). On relève aussi l’obsolescence logicielle : les appareils durent mais les applications rendent l’utilisation du matériel impossible. Enfin, l’obsolescence esthétique : les effets de mode, par le marketing, le design, ont des effets psychologiques qui poussent les individus à changer d’équipements alors qu’il est encore fonctionnel.

Cela pose un problème écologique, par la hausse des déchets (pas forcément recyclables, enfouis) et par la destruction de ressources naturelles (parfois rares, comme les terres utilisées pour les appareils électroniques). Cela pose aussi un pb social, que ce soit pour le pouvoir d’achat des consommateurs, pour les conditions de travail de salariés exploités pour diminuer les coûts de production, ou pour la perte de savoir-faire : la réparation devenant de + en + difficile, des savoirs ouvriers disparaissent. Enfin, le problème est économique : l’obsolescence programmée gonfle artificiellement les ventes, mais les consommateurs rejettent les marques qui souffrent d’un pb d’image.

Qui est responsable ? Les fabricants qui cherchent le renouvellement de leurs produits. Les distributeurs qui cherchent à vendre des extensions de garantie payantes (et qui rejettent les produits vertueux (ex : Dyson rejeté par Darty car garantie constructeur de 5 ans offerte). L’Etat qui provoquent l’obsolescence programmée par la réglementation (ex/ampoules) ou par le souhait de vouloir dynamiser à tout prix la consommation (car TVA = recettes fiscales pour financer les services publics). Les consommateurs qui cherchent une satisfaction personnelle sans réflexion sur l’impact global de leur consommation.

Quelles sont les solutions ? Des solutions individuelles : les consommateurs peuvent changer leur mode de consommation : acheter des produits de seconde main, favoriser le pair à pair (ex : prêt d’appareil à raclette), réparer leurs produits (par les « repair café, les ressourceries, les réparateurs pro (ex : cordonnier)), par une réflexion sur l’utile et le superflu. Des solutions collectives : nous cherchons à influencer les lois pour qu’il y ait des carottes (favoriser la fédération des entreprises vertueuses (ex SEB s’est engagé à rendre disponibles pendant 10 ans les pièces pour la réparation)) et des bâtons (en développant l’action en justice). HOP a aussi formulé des propositions d’actions publiques que nous avons transmises aux candidats à la présidentielle, avec notamment l’obligation d’une plus grande information des consommateurs (aujourd’hui, il y a une asymétrie d’infos quant à la durée de vie des produits), l’extension légale de la garantie à 5 ans (aujourd’hui : 2 ans, depuis Hamon), la baisse de la TVA à 5.5 pour les entreprises de réparation, l’engagement des services publics à ne pas pratiquer l’obsolescence logicielle, et le soutien de la recherche. Notre modèle ne doit plus être linéaire (consommation-production), mais circulaire (extraction, production, consommation, recyclage). »

Thomas Dupont-Federici : « Que répondez-vous à ceux qui vous disent que l’obsolescence programmée est un moyen de gagner du pouvoir d’achat car les matières 1ères utilisées, même si elles sont plus fragiles, sont moins coûteuses, et permettent à tous d’accéder à de nombreux produits ? Fin de l’obsolescence = hausse des prix ?»

LV : « L’obsolescence programmée crée un problème de pouvoir d’achat. Le renouvellement provoque une surconsommation nuisible au consommateur. Si les biens sont produits avec des matières de meilleure qualité, les prix seront plus élevés à l’achat, mais pas si on raisonne sur leur durée de vie. »

Q° : Des prix élevés sont-ils garants d’une meilleure qualité ? »

LV : « Pas nécessairement, mais c’est un bon indice car une entreprise qui s’engage sur ce genre de promesses se doit de les tenir, sinon, c’est catastrophique en termes d’image. Par exemple, la promesse de Seb les engage, s’ils ne respectent pas leurs engagements, la trahison sera médiatisée, ce qui est dévastateur pour une entreprise. »

 : « Peut-on croire les industriels ? »

TDF : « Laetitia Vasseur parle dans son ouvrage du syndicalisme 2.0 : les réclamations prennent une ampleur phénoménale grâce aux réseaux sociaux, aux pétitions en ligne. Il existe des moyens de pression importants et efficaces. »

LV : « Nous militons pour que les entreprises et les sites de tests se mettent à évaluer la durabilité des produits. Les associations de consommateurs n’avaient pas intégré cela dans leur logique, suite à notre action, elles vont s’y mettre. »

Q° : « L’obsolescence programmée est un délit. Comment faire pour agir ? »

LV : « Il est difficile d’agir seul avec sa cafetière. Il est surtout difficile d’apporter la preuve de la volonté de l’obsolescence programmée par les industriels, il faut donc passer par des « actions de groupe » (possible depuis 2014, BH) menée par des associations agrémentées. »

Q° : « Quels candidats ont répondu à vos propositions ? »

LV : « Hamon, Mélenchon, Macron, Lepen et Jadot. Benoît Hamon s’était déjà saisi de la question en 2014. La loi consommation avait permis de faire passer la durée légale de 6 mois à 2 ans, et avait créé l’obligation de mettre en place des filières de réparation. Il n’avait pu faire plus car Bercy avait freiné le projet. C’est grâce au soutien du Ministère de l’écologie (S. Royal) que la loi a pu aboutir. »

TDF : « Est-on bien protégé en France, par rapport au reste de l’Europe ? »

LV : « La France est pionnière sur l’obsolescence programmée, sur sa qualification juridique et le préjudice associé. En termes de garantie, certains pays vont plus loin que nous (jusqu’à 6 ans). Le Parlement européen, dans sa commission économie et marché intérieur, va reprendre nos propositions. Il faut noter que la garantie légale qui est passée de 6 mois à 2 ans a été obtenue grâce au soutien de l’UE, permettant ainsi de renverser la charge de la preuve sur le producteur. »

Q° : Vous avez dit que ce n’était pas intéressant de recycler, pourtant des entreprise vivent très bien du recyclage, non ?

LV : Il ne faut pas confondre celles qui vivent du recyclage et les entreprises qui produisent sans se soucier de la fin de vie de leurs produits, sans penser à la circularité de leur production.

Intervention° : Pourtant des entreprises s’engagent dans les certifications, ISO 14001, (/recyclage).

Q° : Peut-on imposer la fin des piles traditionnelles et imposer les piles rechargeables ?

LV : Si la réglementation crée de l’obsolescence programmée (sur les piles traditionnelles), on peut l’accepter si c’est d’intérêt général (comme pour les sacs plastiques). Sans interdire, on peut faire un militantisme citoyen. Si la demande pousse vers des produits vertueux, l’offre s’adaptera. Le projet Regenbox (piles traditionnelles avec une durée de vie plus longue) doit être un projet soutenu par les citoyens. Ces produits coûtent plus chers, c’est une discrimination sociale, c’est vrai, mais comme Benoit Hamon le défend, il faut une baisse de la TVA à 5.5% pour les produits dont la garantie constructeur est de 5 ans. De plus, l’allongement de la durée légale de garantie va permettre d’avoir des produits sur le marché d’occasion encore garantie : les plus modestes auront donc des produits garantis et moins chers.

Q° : L’économie collaborative est-elle positive ?

LV : Cela dépend des produits. Pour certains, les loueurs sont plus respectueux. Pour d’autres (ex : autolib), le peu de précautions des utilisateurs poussent les constructeurs à faire des biens plus robustes.

Intervention : L’Etat nous a fait passer du 110 V au 220 V, il a fallu changer en masse nos biens (radio, fers à repasser…), on a eu droit à un des échanges gratuits (pas comme pour la Télévision HD).

Intervention : « Aujourd’hui, l’Etat met à disposition 5 ampoules LED gratuites par foyer (https://www.mesampoulesgratuites.fr/?gclid=CKeKksq11NICFYu4Gwod2mwPlg) grâce au Ministère de l’environnement.

LV : Pour les ampoules, c’est intéressant, il faut réfléchir au moment le plus énergivore : la production ou l’usage. Si c’est énergivore à la fabrication et à l’usage, il faut favoriser le renouvellement, si ce n’est qu’à la fabrication, il faut éviter.

Q° : Comment porter ce message auprès des jeunes générations, très adeptes de la mode ?

LV : Ils sont sensibles, d’autant plus que l’on peut faire durable en satisfaisant la volonté de nouveauté. Par exemple, Malongo cherche à produire une cafetière intemporelle, personnalisable par modules (changement de la façade…). Pour ceux qui ne sont pas prêts à réduire leur conso, on évite l’achat d’un bien en les guidant vers l’achat d’une pièce détachée. Ensuite, il y a le combat culturel.

TDF : Quel est l’impact de la fin de l’obsolescence programmée par rapport à l’emploi ?

LV : On ne sait pas : on crée de l’emploi chez les éco-concepteurs, dans la réparation, le recyclage, le réemploi, l’économie collaborative, la maintenance, mais on perd des vendeurs.

TDF : Pour finir, peux-tu nous parler de l’obsolescence programmée de l’humain dans une logique transhumaniste ?

LV : La volonté de s’augmenter pousse l’humain à intégrer des logiciels à son corps. Dans ce monde ultra-connecté, on perd sa liberté individuelle car on est soumis à l’obsolescence logicielle. On est donc dans un dilemme entre le durable et la volonté d’indépendance. Nous réfléchissions à de nombreuses thématiques liées à l’obsolescence programmée. Si vous souhaitez nous suivre, inscrivez-vous à la newsletter : halteobsolescence.org ».

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Alternatives/Manifesto-Alternatives/Du-jetable-au-durable

 

 

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By | 2017-10-11T14:08:44+00:00 31 mars, 2017|
HOP // Halte à l'obsolescence programmée